Le lynx boréal dans le Massif jurassien

Présent historiquement dans le Massif jurassien, comme dans l’ensemble du pays, le lynx boréal a profité du relief de la région pour y trouver des milieux répondant à ses exigences et ainsi subsister « un peu plus longtemps qu’ailleurs »…

Le lynx n’a pas disparu subitement du Jura. Sa raréfaction a été progressive au cours des siècles pour aboutir à son extinction à la fin du XIXe siècle. Comme dans d’autres pays d’Europe, plusieurs facteurs ont contribué à la disparition du lynx jurassien :

– Tout d’abord la déforestation importante n’a pas permis le maintien de conditions de vie optimales à cette espèce forestière
– Ensuite la raréfaction, voire la disparition, des populations d’ongulés sauvages (chevreuil, chamois) ont privé le prédateur de sa principale source de nourriture.
– Enfin les destructions directes perpétrées sur une population en constante régression ont eu raison des derniers spécimens jurassiens.

La dernière donnée connue fait état d’un individu abattu sur la commune de Salins-les-Bains en 1885, dans le Jura. Le retour de l’espèce dans le Massif jurassien est attesté par le tir d’une femelle le 20 octobre 1974 à Thoiry, dans l’Ain.

Situation actuelle dans le Massif jurassien

Depuis 1974, le lynx a colonisé une grande partie de la façade est du pays, principalement dans les trois grands massifs montagneux que sont les Alpes, le Jura et les Vosges. Une petite vingtaine de départements français est concernée par la présence du félin, que ce soit de façon permanente, irrégulière ou récente.

Mais c’est dans le Massif jurassien (Ain, Jura, Doubs) que l’espèce est la mieux implantée.
L’aire de présence totale du lynx en France, au cours de la période triennale 2005-2007 est de 17 307 km2.

La répartition par massif est la suivante :

  • Massif jurassien : 8946 km2
  • Massif alpin : 4734 km2
  • Massif vosgien : 3627 km2

Il n’existe aucune méthode directe permettant de connaître de façon certaine le nombre de lynx vivant en France. Le procédé le plus logique pour tenter d’évaluer l’effectif de la population est d’effectuer le rapport entre la surface de présence estimée et la densité théorique de référence. Les valeurs de densités retenues sont celles déterminées par Breitenmoser-Würsten et al. (2007) dans le Massif jurassien variant de 1,1 à 1, 6 individus pour 100 km2.

En tenant compte des réserves inhérentes à cette méthode (sur ou sous estimation de l’aire de présence occupée, extrapolation de la densité mesurée dans un secteur à l’ensemble de l’aire de présence), l’effectif de lynx en France, au cours de la période 2005-2007, serait de 112 à 163 individus.

Estimation par massif :

  • Massif jurassien : 74 à 108 individus
  • Massif vosgien : 23 à 34 individus
  • Massif alpin : 15 à 22 individus

En se référant à l’évolution positive de l’aire de présence régulière et l’ordre de grandeur moyen des effectifs, le statut de conservation du lynx en France, sur la période 2005-2007, est jugé plutôt favorable.

La situation géographique et le potentiel démographique de son noyau de population font du Massif jurassien l’élément majeur d’une implantation durable du lynx en France.

Des zones de contacts entre le sud du Jura et le nord des Alpes (Chaîne de l’Epine, Massif des Bauges, Chartreuse, Vercors) permettent aux subadultes, à la recherche de territoires inoccupés, de participer au processus de colonisation du Massif alpin. D’autre part, des indices de présence localisés dans la zone intermédiaire entre le nord du Massif jurassien et le sud du Massif vosgien laissent à penser qu’une connexion démographique entre ces deux populations soit en voie d’élaboration. Ces échanges permettraient un brassage génétique essentiel pour une population établie à partir d’un nombre relativement réduit d’animaux et pourraient aboutir à terme à la constitution d’une zone de présence compacte et homogène, indispensable à la conservation de l’espèce.

Source des données : Réseau Lynx